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Cestas (Gironde) : un entrepôt ne respecte toujours pas sa mise en demeure incendie, une amende de 10 000 € proposée

Par Fabien ARELPublié le • Mis à jour le

A Cestas, en Gironde, un entrepôt de 20 000 m² loué à trois entreprises différentes fait l'objet d'une mise en demeure incendie depuis août 2025, portant sur son système d'extinction automatique. Lors d'un contrôle le 11 juin 2026, l'inspection des installations classées constate que cette non-conformité persiste, et qu'elle s'ajoute à un désenfumage hors service, une détection incendie défaillante et des robinets d'incendie non vérifiés depuis plus d'un an dans l'un des deux bâtiments. Une amende de 10 000 € et un signalement au procureur de la République sont proposés à la préfète de Gironde. Que révèle ce dossier pour les entreprises qui louent un local dans un entrepôt partagé ?

Fabien AREL
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Expert Sécurité Incendie
PRV1 PréventionnistePompier de Paris (BSPP, 14 ans)APSAD R5 : RIA
En bref

Le 11 juin 2026, l'inspection des installations classées contrôle l'entrepôt GLP Cestas, en Gironde, soumis à une mise en demeure du 4 août 2025 sur son système d'extinction automatique. Le contrôle révèle que la non-conformité persiste, avec un désenfumage et une détection défaillants. Une amende de 10 000 € est proposée à la préfète.

Cestas (Gironde) : un entrepôt ne respecte toujours pas sa mise en demeure incendie, une amende de 10 000 € proposée

Entrepôt GLP Cestas, en Gironde : ce qui s'est passé

Le 11 juin 2026, l'inspection des installations classées de la DREAL Nouvelle-Aquitaine contrôle l'entrepôt GLP Cestas SCI (ex Bermie Nautic), situé en zone industrielle d'Auguste, à Cestas, en Gironde. L'objectif : vérifier si l'exploitant a respecté une mise en demeure préfectorale du 4 août 2025, qui lui imposait de remettre en conformité son système d'extinction automatique d'incendie sous trois mois, à la suite d'une précédente inspection déjà marquée par plusieurs écarts.

Le site se compose de deux bâtiments, de 13 000 et 7 200 m², loués à trois entreprises différentes : Episaveurs, du groupe Pomona, GCA Supply Packing et RT Logistique. Lors du contrôle, le gestionnaire technique du site, la société Workman Turnbull, ne parvient à fournir aucun document attestant que les non-conformités du système d'extinction sont levées, malgré des travaux de révision annoncés depuis janvier 2026. L'inspection considère donc que la mise en demeure n'est toujours pas respectée, onze mois après sa notification initiale.

Le contrôle révèle d'autres défaillances persistantes dans le bâtiment loué par RT Logistique, présenté comme inoccupé : les ouvrants de désenfumage n'ont pas été vérifiés depuis mars 2025, le système de détection incendie affiche plusieurs capteurs en défaut, et les robinets d'incendie armés n'ont pas été contrôlés depuis février 2025, alors que des matières combustibles restent stockées sur place.

Source : Géorisques, rapport d'inspection des installations classées, GLP Cestas SCI

📍 Cestas : voir sur OpenStreetMap

L'analyse de notre expert incendie

Un même site, trois locataires, une seule responsabilité réglementaire

Ce dossier illustre une confusion fréquente dans les entrepôts à locataires multiples : la conformité réglementaire au titre des installations classées relève de l'exploitant du site, ici la société GLP Cestas, et non des entreprises qui occupent chaque cellule. Même quand la gestion technique est confiée à un prestataire, comme Workman Turnbull dans ce dossier, l'exploitant reste seul responsable devant l'administration, y compris pour les équipements situés dans des locaux qu'il ne visite plus lui-même.

Un seul locataire, Episaveurs, a pu présenter lors du contrôle un état des stocks complet, daté et conforme aux exigences réglementaires. Les deux autres entreprises installées sur le site, GCA Supply Packing et RT Logistique, n'ont fourni aucun document équivalent. Cette absence a empêché l'inspection de vérifier la cohérence entre les matières réellement stockées dans chaque cellule et les documents de sécurité censés décrire le site dans son ensemble, un écart qui se répète depuis l'inspection précédente de mars 2025.

Le système d'extinction hors service : un risque qui s'accumule avec le temps

La non-conformité la plus grave porte sur le système d'extinction automatique, visé par la mise en demeure d'août 2025. Onze mois plus tard, l'exploitant ne peut toujours pas prouver sa remise en état, alors que des travaux de révision trentenaire du dispositif sont en cours depuis janvier 2026, menés de nuit et zone par zone pour ne pas interrompre l'exploitation du site pendant la durée du chantier.

Pendant ce délai, le risque ne reste pas stable : il s'additionne à un désenfumage et une détection incendie défaillants dans le même bâtiment, ainsi qu'à des robinets d'incendie armés non vérifiés depuis plus d'un an. Cette accumulation de défaillances sur un même site réduit fortement les chances de détecter et de contenir un départ de feu avant qu'il ne se propage à l'ensemble de la cellule concernée.

La leçon pour les locataires d'entrepôts partagés

Un locataire qui occupe une cellule d'un entrepôt partagé ne contrôle pas la conformité de l'exploitant ni des bâtiments voisins, et ne peut pas toujours savoir si une mise en demeure pèse sur le site qu'il occupe. Il peut en revanche exiger la communication régulière des rapports de vérification de ses propres équipements, et faire réaliser un audit indépendant pour s'assurer que sa cellule dispose de ses propres moyens de détection et d'extinction en état de fonctionnement.

Cette vigilance compte d'autant plus que la responsabilité de l'exploitant, même établie sur le papier, ne protège pas automatiquement le locataire en cas de sinistre : son activité, ses stocks et parfois son personnel restent exposés tant que les équipements de sécurité de sa propre cellule ne sont pas vérifiés à son initiative, indépendamment du calendrier de mise en conformité suivi par le propriétaire du bâtiment.

Sources : Légifrance, article L171-7 du code de l'environnement et INERIS AIDA, arrêté du 11 avril 2017 (rubrique 1510)

Technicien vérifiant un robinet d'incendie armé dans un entrepôt logistique
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Vos obligations : équipement et traçabilité des contrôles

Que vous soyez exploitant d'un entrepôt classé ou locataire d'une seule cellule, la sécurité incendie repose sur deux piliers distincts : des équipements adaptés, et la preuve écrite qu'ils sont vérifiés régulièrement.

  • Extincteurs et RIA : vérification annuelle par un professionnel compétent, selon les normes NF S61-919 et NF S62-201, avec un rapport daté et exploitable.
  • Désenfumage et détection incendie : maintenance régulière des exutoires et des détecteurs, avec un report d'alarme opérationnel en tout temps.
  • Système d'extinction automatique : vérification semestrielle et révision périodique, avec justification écrite en cas d'indisponibilité temporaire.

Source : INERIS AIDA, arrêté du 11 avril 2017 (rubrique 1510)

Le retour d'expérience de Fabien AREL

En juillet 2026, j'ai audité une cellule louée par une entreprise cliente au sein d'un entrepôt partagé par plusieurs sociétés, dans une configuration proche de celle de Cestas. Le dirigeant pensait que la sécurité incendie de son local dépendait entièrement du propriétaire du bâtiment.

En consultant les derniers rapports de vérification, j'ai constaté que les robinets d'incendie armés de sa propre cellule n'avaient pas été contrôlés depuis plus d'un an, le prestataire précédent ayant cessé son activité sans que personne ne reprenne le contrat. Le reste de l'entrepôt, géré par d'autres locataires, n'était pas plus suivi, mais cela ne dispensait pas mon client de surveiller ses propres équipements.

Nous avons remis en service un contrat de vérification annuelle dédié à sa seule cellule, indépendant des autres locataires du site, avec un calendrier et un rapport systématiquement archivés.

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A retenir

  • A Cestas, un entrepôt loué à trois entreprises ne respecte toujours pas, onze mois après, une mise en demeure incendie portant sur son système d'extinction automatique, cumulée à un désenfumage et une détection défaillants.
  • Une amende de 10 000 € et un signalement au procureur de la République sont proposés à la préfète de Gironde pour non-respect de la mise en demeure.
  • Dans un entrepôt à locataires multiples, chaque entreprise reste responsable de ses propres équipements de sécurité incendie, indépendamment des manquements de l'exploitant ou des voisins.
Retour terrain, Gironde, Juillet 2026

Contexte : entrepôt logistique à plusieurs locataires

Observation : Ce cas n'est pas isolé. Dans les entrepôts à locataires multiples que j'audite, je retrouve régulièrement des équipements de sécurité incendie non vérifiés depuis plus d'un an dans les zones peu ou plus utilisées, alors qu'elles restent pleines de matières combustibles.

Ce qu'il faut retenir : Un locataire ne peut pas s'appuyer sur la supposée inactivité d'un bâtiment voisin pour relâcher sa propre vigilance : tant que des matières combustibles y sont stockées, le risque incendie existe, qu'il y ait ou non du personnel sur place.

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Questions fréquentes

Fabien AREL

À propos de l'auteur

Fabien AREL

Expert Sécurité Incendie

Ancien pompier de la BSPP, certifié PRV1 Préventionniste, Fabien accompagne les entreprises de Gironde dans leur mise en conformité depuis plus de 10 ans.