Couronneries à Poitiers : ce qui s'est passé
Mercredi 1er juillet 2026, peu avant 11h, un incendie se déclare au rez-de-chaussée d'un immeuble du quartier des Couronneries, rue de Nimègue à Poitiers. L'appartement est totalement détruit par les flammes. Les pompiers du SDIS 86 maîtrisent rapidement le sinistre, sans propagation aux étages supérieurs.
Mais les fumées, elles, avaient déjà fait leur travail. Douze résidents de l'immeuble sont incommodés par les fumées toxiques. L'un d'eux est transporté au centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers. Les autres, légèrement intoxiqués, sont pris en charge sur place avant d'être laissés libres.
Quatre-vingt-dix habitants sont évacués par précaution. Une trentaine de sapeurs-pompiers intervient, ventile le bâtiment et permet aux résidents de regagner leurs logements après deux heures. Ce bilan, douze intoxiqués pour un feu limité à un seul appartement, résume à lui seul le danger réel des fumées dans un immeuble collectif.
Source : ICI Nouvelle-Aquitaine : Incendie dans un appartement du quartier des Couronneries à Poitiers
L'analyse de notre expert incendie
Les fumées tuent avant les flammes
Dans un incendie résidentiel, la fumée est responsable de la majorité des décès, bien avant les brûlures directes. Lorsqu'un appartement prend feu au rez-de-chaussée d'un immeuble collectif, un phénomène naturel de tirage s'enclenche immédiatement. Les fumées montent dans la cage d'escalier, le couloir, les gaines techniques. En quelques minutes, elles envahissent les parties communes et s'infiltrent sous les portes des logements voisins. C'est ce mécanisme qui explique que douze personnes aient été touchées alors que le feu était cantonné à un seul appartement.
Les fumées ne respectent pas les cloisonnements quand les portes palières ont des joints usés, quand elles restent ouvertes pendant l'évacuation précipitée, ou quand les systèmes de désenfumage des cages d'escalier ne sont pas entretenus. Dans ces conditions, un feu même rapidement maîtrisé peut intoxiquer un immeuble entier. Ce phénomène est bien documenté : dans les incendies de logements collectifs, la plupart des victimes ne sont pas atteintes directement par les flammes mais par les fumées produites avant même que le feu ne soit visible.
Ce que dit la réglementation pour les immeubles d'habitation
L'arrêté du 31 janvier 1986 modifié fixe les exigences de sécurité incendie pour les bâtiments d'habitation collectifs. Il impose un compartimentage des cages d'escalier, des dispositifs de désenfumage et des portes palières avec résistance au feu selon la hauteur du bâtiment. Pour les immeubles de troisième et quatrième famille (de 28 à 50 mètres), les obligations sont renforcées : colonnes sèches, détection automatique dans les locaux à risques, accès réservé aux secours.
À l'échelle individuelle, la loi n° 2010-238 du 9 mars 2010 impose depuis le 8 mars 2015 l'installation d'au moins un détecteur autonome avertisseur de fumée (DAAF) dans chaque logement. L'obligation incombe à l'occupant, locataire ou propriétaire. Dans les parties communes d'une copropriété, le syndic assume la responsabilité des équipements collectifs : extincteurs, désenfumage, registre de sécurité. À Poitiers comme partout en France, ces obligations s'appliquent identiquement à tous les immeubles d'habitation collectifs, quel que soit leur standing ou leur ancienneté.
La leçon que le DAAF ne pardonne pas
Un DAAF fonctionnel dans l'appartement sinistré aurait alerté les occupants dès les premières secondes de combustion. Ce gain de temps est crucial : trois minutes suffisent pour qu'un appartement soit envahi de fumées opaques. Une alerte précoce permet l'évacuation avant que les couloirs deviennent impraticables. Elle peut aussi déclencher l'appel aux secours qui gagnera les minutes décisives avant l'arrivée des pompiers.
Le problème est que le DAAF est trop souvent négligé après son installation. Piles déchargées et non remplacées, appareil désactivé parce qu'il sonnait lors de la cuisson, durée de vie dépassée : la norme NF EN 14604 fixe une durée de vie maximale de 10 ans. Un DAAF installé en 2015 est désormais en fin de vie. En France, environ 273 000 incendies domestiques surviennent chaque année (source : CNPP, bilan annuel sécurité incendie). Un détecteur hors service est aussi inutile qu'un extincteur vide.
Sources : Loi n° 2010-238 du 9 mars 2010 - Legifrance et Détecteur de fumée : vos droits - Service-Public.fr

Vos obligations : DAAF et équipements en logement collectif
La réglementation incendie pour les logements repose sur deux niveaux : les obligations de chaque occupant et celles du bailleur ou syndic pour les parties communes.
Obligations de l'occupant (locataire ou propriétaire)
- DAAF normalisé : au moins un détecteur conforme norme NF EN 14604 dans chaque logement, testé chaque mois par pression du bouton test.
- Maintenance : vérifier les piles et l'état de l'appareil régulièrement. Depuis 2015, l'occupant répond de cette obligation vis-à-vis de son assureur.
- Remplacement décennal : les DAAF installés en 2015 arrivent en fin de vie. Les remplacer même s'ils semblent encore fonctionner, les composants électroniques se dégradent silencieusement.
- Extincteur conseillé : aucun texte ne l'impose en appartement privé, mais un extincteur ABF 2L dans la cuisine ou le couloir permet de maîtriser un départ de feu avant qu'il devienne incontrôlable.
Obligations du bailleur social ou du syndic de copropriété
- Extincteurs parties communes : vérification annuelle obligatoire dans les halls, couloirs et locaux techniques (arrêté du 31 janvier 1986 modifié).
- Désenfumage : système fonctionnel et entretenu dans les cages d'escalier des immeubles concernés.
- Registre de sécurité : traçabilité écrite de chaque intervention et de chaque vérification réglementaire.
Sources : Arrêté du 31 janvier 1986 - Protection incendie bâtiments d'habitation - Legifrance

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Voir le produitLe retour d'expérience de Fabien AREL
En mars 2026, j'interviens dans un immeuble de Périgueux pour le bilan annuel des extincteurs des parties communes. Le gardien me signale en passant que l'un des DAAF du deuxième étage a été retiré par un résident parce qu'il sonnait lors des grillades sur le balcon voisin.
En vérifiant l'ensemble du bâtiment, je constate que sur sept DAAF supposés présents dans les logements, seuls trois sont opérationnels. Deux n'ont plus de pile depuis des mois. Un troisième est daté de 2013 et dépasse sa durée de vie réglementaire de dix ans. Le dernier a simplement été décroché et laissé dans un tiroir.
Le propriétaire pensait que son obligation s'arrêtait à la fourniture initiale du détecteur. J'ai dû lui expliquer que la responsabilité court sur toute la durée d'occupation, et qu'en cas de sinistre, l'assurance habitation peut refuser d'indemniser si le DAAF est absent ou hors service.
Nous avons procédé au remplacement complet de tous les détecteurs, avec réception consignée dans le registre du bâtiment. Ce type d'audit m'a confirmé, au fil de mes interventions, que le DAAF et les extincteurs des parties communes forment un système indissociable. Fabien AREL, certifié PRV1 Préventionniste et ancien pompier de la BSPP, intègre désormais systématiquement la vérification des détecteurs de fumée dans chaque bilan annuel d'immeuble collectif.
L'équipement et le service qui protègent
Un logement sécurisé, c'est un DAAF testé régulièrement et un extincteur à portée de main. Pour les immeubles collectifs, c'est aussi un syndic qui tient ses registres à jour et fait vérifier ses extincteurs chaque année par un professionnel certifié.
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Voir la boutique particuliersÀ retenir
- Douze personnes intoxiquées par les fumées dans un immeuble à Poitiers le 1er juillet 2026 : les fumées tuent avant les flammes, même quand le feu reste cantonné à un seul appartement.
- Le DAAF est obligatoire dans tout logement depuis 2015 (loi n° 2010-238) : piles à vérifier chaque mois, durée de vie de 10 ans à respecter, remplacement des appareils installés en 2015 nécessaire.
- Un extincteur ABF 2L dans votre cuisine peut maîtriser un départ de feu en quelques secondes : c'est le geste qui peut éviter le pire avant l'arrivée des secours.
Contexte : immeuble collectif
Observation : Ce cas n'est pas isolé : lors de mes interventions dans des immeubles d'habitation, je retrouve régulièrement des DAAF hors service, retirés ou périmés dans les logements, et des extincteurs de parties communes non vérifiés depuis plus d'un an. C'est un angle mort fréquent des copropriétés.
Ce qu'il faut retenir : L'obligation DAAF court sur toute la durée d'occupation, pas uniquement au moment de l'installation : trop de propriétaires et de locataires l'ignorent encore, et les assureurs, eux, ne l'oublient pas en cas de sinistre.
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Questions fréquentes
Oui. Depuis la loi n° 2010-238 du 9 mars 2010, effective au 8 mars 2015, chaque logement doit être équipé d'au moins un détecteur autonome avertisseur de fumée (DAAF) certifié norme NF EN 14604. C'est l'occupant, locataire ou propriétaire, qui en est responsable. Dans les parties communes d'une copropriété, le syndic assume la responsabilité des équipements collectifs.
Non, la réglementation n'impose pas l'extincteur dans un logement privé. En revanche, dans les immeubles collectifs, des extincteurs doivent être présents dans les parties communes (halls, couloirs, locaux techniques) selon l'arrêté du 31 janvier 1986. Avoir un extincteur ABF 2L dans sa cuisine reste fortement conseillé : en cas de petit départ de feu maîtrisable, il peut éviter une catastrophe avant l'arrivée des secours.


