Montmorillon : ce qui s'est passe dans l'usine AM2
Dimanche 9 août 2026, à 19h32, les pompiers du SDIS 86 reçoivent l'alerte pour un incendie dans les locaux de l'usine AM2, spécialisée dans la fabrication d'agencements et de meubles, rue de l'industrie à Montmorillon. À leur arrivée, 2 000 m² de stocks sont déjà embrasés à l'intérieur d'un bâtiment de 20 000 m².
Quarante-quatre sapeurs-pompiers, quatre fourgons d'incendie, une grande échelle, une ambulance et un véhicule spécialisé en risques technologiques sont engagés. Le feu est circonscrit à 21h20. Un employé présent sur les lieux est légèrement blessé. Les stocks de carton et de bois aggloméré sont détruits. La gendarmerie nationale et le maire Jean-Luc Souchaud se rendent sur place.
La cause de l'incendie reste inconnue à ce stade. Une enquête est ouverte.
Source : ICI Nouvelle-Aquitaine : important incendie dans une usine de Montmorillon
L'analyse de notre expert incendie
Le bois aggloméré et le carton : deux combustibles a cinétique rapide
Le carton et le bois aggloméré figurent parmi les matériaux les plus dangereux en cas d'incendie industriel. Ils s'enflamment facilement, brûlent avec une intensité élevée et dégagent des gaz toxiques. Stockés en masse dans un bâtiment de grande surface, ils peuvent transformer un foyer localisé en sinistre majeur en quelques minutes.
Dans le cas de l'usine AM2, les 2 000 m² initialement embrasés représentent 10 % du bâtiment total. Sans la mobilisation rapide de 44 pompiers et d'un véhicule risques technologiques, la propagation aurait pu être catastrophique. Ce ratio illustre la dangerosité spécifique du stockage de panneaux et d'emballages en milieu industriel : le feu se propage par rayonnement d'une palette à l'autre bien plus vite que dans un entrepôt classique.
L'INRS le souligne dans sa brochure ED 6021 : l'industrie du bois et de l'ameublement est l'un des secteurs où les risques d'incendie et d'explosion sont les plus élevés, en raison de la multiplicité des sources d'inflammation possibles (machines, électricité, chaleur, sciure en suspension).
AM2, une installation classée ICPE : des obligations renforcées
L'usine AM2 de Montmorillon figure dans le registre des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) de la préfecture de la Vienne. Ce statut n'est pas un détail administratif : il impose des prescriptions de sécurité incendie qui vont au-delà des obligations ordinaires du Code du travail.
Pour le stockage de carton et de panneaux de bois (rubrique ICPE 1530 et 2410), les arrêtés préfectoraux imposent notamment : un système de détection incendie avec transmission d'alerte, des distances de recul entre les îlots de stockage, et pour les sites les plus importants, des installations d'extinction automatique de type sprinkler.
Ce cadre réglementaire existe précisément pour éviter que 2 000 m² de stocks n'embrasent un bâtiment de 20 000 m².
La lecon a retenir pour chaque responsable d'atelier
L'incendie de Montmorillon pose une question concrète à tous les gérants d'ateliers de menuiserie, fabricants de meubles et responsables d'entrepôts de bois : votre plan de prévention est-il à jour ? La question ne se limite pas aux extincteurs. Elle porte sur l'ensemble du système : détection, extinction, formation du personnel, exercice d'évacuation, registre de sécurité.
Un site industriel qui n'a pas révisé sa stratégie incendie depuis plusieurs années accumule des écarts réglementaires qui se révèlent seulement le soir d'un sinistre. Et à ce moment-là, les conséquences sont irréversibles.
Sources : INRS ED 6021 : incendie et explosion dans l'industrie du bois et Legifrance : article R4227-28 Code du travail

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Demander un audit gratuitVos obligations : equipements et conformite dans un atelier ou entrepôt bois
L'industrie du bois concentre plusieurs obligations réglementaires distinctes. Voici ce que le Code du travail et la réglementation ICPE imposent concrètement.
- Extincteurs adaptés (article R4227-28 Code du travail) : tout établissement doit disposer d'extincteurs adaptés au type de feu présent. Pour les solides inflammables (bois, carton, panneaux), les appareils à eau pulvérisée avec additif (classe A) sont les plus efficaces. Vérification annuelle obligatoire par un technicien compétent. Sanction en cas de non-conformite : mise en demeure de la commission de sécurité, fermeture administrative, responsabilité pénale de l'employeur.
- RIA en site ICPE (rubrique 1530/2410) : au-delà des seuils de déclaration ou d'enregistrement, l'installation doit être équipée de robinets d'incendie armés (RIA) permettant une première intervention du personnel formé avant l'arrivée des secours. La norme NF S 61-213 fixe les règles de conception et de vérification annuelle.
- Détection et alarme : les installations classées soumises à enregistrement ou autorisation doivent disposer d'un système de détection incendie avec transmission d'alerte. Pour les sites de plus grande taille, une installation d'extinction automatique (sprinkler) peut être imposée par l'arrêté préfectoral.
- Consigne incendie et exercice annuel (article R4227-37) : la consigne de sécurité incendie doit être affichée dans chaque atelier. Un exercice d'évacuation annuel est obligatoire, avec compte rendu versé au registre de sécurité.
- Formation du personnel : les équipiers de première intervention doivent être formés à l'utilisation des extincteurs et des RIA, avec renouvellement régulier consigné au registre.
Sources : Legifrance : article R4227-28 Code du travail
Le retour d'experience de Fabien AREL
En mai 2026, j'interviens dans un atelier de fabrication de mobilier sur mesure dans la Vienne, suite à une demande de vérification d'extincteurs. Le gérant se croit à jour : deux extincteurs neufs ont été achetés l'année précédente.
Sur place, je constate deux appareils à poudre ABC près de l'entrée. Aucun n'est adapté au risque bois aggloméré : la poudre laisse des résidus corrosifs sur les machines et les panneaux, et un seul point de défense pour 800 m² d'atelier est insuffisant.
Le registre de sécurité est inexistant, la consigne non affichée. L'atelier est classé ICPE en déclaration, ce qui impose un RIA que le gérant ignorait. Trois anomalies bloquantes, sans qu'aucune commission de sécurité ne soit passée.
En deux semaines : deux extincteurs à eau pulvérisée additionnée, un RIA, la consigne affichée, le registre ouvert. Le gérant a reconnu que sans l'audit, il aurait continué à croire que tout allait bien.
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A retenir
- L'usine AM2 de Montmorillon a subi un incendie de grande ampleur le 9 août 2026 : 44 pompiers, 20 000 m² menacés, stocks de carton et bois aggloméré détruits, 1 blessé.
- Le bois aggloméré et le carton sont des combustibles à cinétique rapide : ils imposent des extincteurs adaptés (eau pulvérisée additionnée), un RIA si le site est classé ICPE, et une détection automatique dans les sites les plus importants.
- Sans audit de conformite, un atelier de menuiserie ou un entrepôt bois accumule des écarts réglementaires invisibles jusqu'au sinistre : extincteurs inadaptés, absence de RIA, consigne manquante, registre vierge.
Contexte : atelier de menuiserie et entrepôt de stockage bois
Observation : En auditant des ateliers de menuiserie et entrepôts de panneaux dans le secteur, je retrouve régulièrement le même schéma : extincteurs hors délai de vérification, absence de RIA alors que le seuil ICPE l'impose, consigne incendie absente ou illisible. Le risque bois-carton est systématiquement sous-estimé par les gérants qui le côtoient chaque jour.
Ce qu'il faut retenir : Les ateliers du bois ne sont pas des entrepôts ordinaires : la poussière de sciure crée un risque d'explosion secondaire que seule une vérification annuelle par un technicien compétent permet d'évaluer correctement.
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Questions fréquentes
Un atelier de menuiserie ou de fabrication de meubles est soumis au Code du travail (articles R4227-28 à R4227-41) : extincteurs adaptés au type de feu (classe A pour les solides), vérification annuelle par un technicien compétent, consigne incendie affichée, exercice d'évacuation annuel. Si le volume de bois ou de carton stocké dépasse les seuils ICPE (rubrique 1530 pour le stockage de papier/carton, rubrique 2410 pour le travail du bois), des obligations supplémentaires s'appliquent : détection automatique, RIA, distance de recul.
Non. Le bois aggloméré et le carton sont des feux de classe A (solides) mais avec une cinétique très rapide en cas de stockage en masse. L'extincteur à eau pulvérisée avec additif (ABF ou AFFF) est le plus efficace sur ces matériaux. Au-delà d'un certain volume, l'article R4227-28 impose des robinets d'incendie armés (RIA) ou une installation d'extinction automatique (sprinklers), selon la classification ICPE du site. Fabien AREL, certifié PRV1 et ancien pompier de la BSPP, recommande systématiquement un audit de conformité avant d'arrêter le choix des équipements.
Oui. L'usine AM2 (Agencements et Meubles de Montmorillon) figure dans le registre des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) de la préfecture de la Vienne. Une installation classée est soumise à des prescriptions réglementaires spécifiques en matière de sécurité incendie qui vont au-delà des seules obligations du Code du travail, notamment en ce qui concerne les moyens d'extinction, la détection et les distances de sécurité entre zones de stockage.


